La charge mentale chez les infirmiers libéraux

Dernière mise à jour : 16 juin


Séparer la vie privée de la vie professionnelle a été une épreuve pour de nombreux Français durant cette pandémie. En effet, les habitudes des français ont changé avec le télétravail. On ne s'arrête plus vraiment de travailler, on ne s’octroie plus de pause-café, on n’hésite plus à programmer des réunions sur l’heure du déjeuner. La frontière entre le monde privé et le monde professionnel est devenue floue. La sur-sollicitation du cerveau pendant l’exécution du travail devient difficile à supporter pour les français, par exemple lire un mail professionnel avant de se coucher ou d'encore avoir l’impression d’être assailli par ses notifications.


Ce phénomène porte un nom : la charge mentale. Pour la définir simplement, la charge mentale est une succession de choses à faire auxquelles on pense constamment, par exemple être au travail et penser à ce qu’il reste à faire en rentrant à la maison.


Les infirmiers libéraux se retrouvent également en télétravail, à leur façon.

Bien qu’ils soient chez leurs patients toute la journée, les infirmiers libéraux se retrouvent également en télétravail, à leur façon. Les IDEL doivent effectivement s’occuper des tâches administratives qui leur permettent de gérer l’organisation de leur cabinet. C’est souvent le soir après de longues journées que l'infirmier libéral prend le temps de s’occuper des tâches administratives. Pour nos soignants, dissocier vie professionnelle et vie privée est un défi. Il peut s’avérer parfois difficile de garder la tête hors de l’eau et de créer une véritable séparation entre lieu de travail et lieu de vie.


Ce phénomène peut s'avérer dangereux tant pour l’infirmier que pour l’être humain qu’ils sont. Il apparaît donc légitime de se demander quelles sont les causes et les conséquences de la charge mentale, et quelles réponses peuvent y être apportées ?



La charge mentale chez les infirmiers libéraux :

Quel constat ?


Chez les infirmiers, 70 % se sentent épuisés émotionnellement, dont 40% présentent cet épuisement émotionnel comme sévère : c’est le constat que fait la CARPIMKO, dans son Étude sur la pénibilité de l’exercice professionnel des praticiens de santé affiliés. Ces chiffres poussent à la réflexion, et nous invitent à nous demander quelles en sont les causes ?


Les libéraux sont de véritables virtuoses dans l’art de faire plusieurs choses à la fois.

De fortes responsabilités, une charge de travail conséquente et la gestion de la vie privée peuvent expliquer la sensation de grande fatigue chez les soignants. Les longues journées et agendas pleins des infirmiers libéraux sont bien connus.


Au-delà de soigner, les libéraux sont de véritables virtuoses dans l’art de faire plusieurs choses à la fois. En chemin, il faut penser à commander le matériel médical, tout en se rappelant des différents codes pour accéder chez le prochain patient. Il faudra aussi ne pas oublier de rechercher un remplaçant pour pouvoir se libérer quelques jours, ou se souvenir de relancer encore les mutuelles pour régulariser des impayés. Ils doivent aussi se souvenir de ces patients exceptionnellement absents la semaine prochaine et planifier les tournées en conséquence pour optimiser au mieux l’agenda. Toutes ces tâches s’ajoutent une à une et la liste n’en finit plus.


Mises bout à bout, ces actions peuvent vite devenir ingérables. Il y a de quoi perdre son souffle et vite se sentir surmené, au point où physiquement et mentalement, les infirmiers libéraux s’oublient.



Les conséquences de la charge mentale si elle n’est pas reconnue et traitée


Toute cette accumulation a de fortes conséquences : la dissonance émotionnelle, l’oubli de soi, la perte de sens… « Le simple fait de couper le téléphone en dehors des périodes de travail peut engendrer une tension psychologique et éthique », souligne l’étude.

L’accompagnement d’un patient ne se résume pas qu’aux soins, il est aussi moral et émotionnel. Dans le cadre de leurs fonctions, les infirmiers doivent adopter une attitude appropriée aux dépens de leurs propres émotions. La confrontation à la souffrance, la détresse et la mort de leurs patients augmentent les risques de la dissonance émotionnelle et peuvent donner l’impression de ne plus ressentir ses émotions véritablement, voire de ne plus être authentique.



Dans le même sens, être pris par des émotions contradictoires est une performance périlleuse pour l’identité. Les infirmiers peuvent s’effacer comme personnes réelles et sans se rendre compte incarné leur personnage quitte à s’oublier. La frontière entre ces deux identités est très mince : qui n’a jamais eu un patient qui appelle tard dans la soirée oubliant que l’infirmier à aussi droit à sa vie personnelle ? Cette anecdote illustre bien ce problème : une infirmière vivant dans une petite ville est contrainte de faire ses courses à plusieurs kilomètres de chez elle pour éviter de rencontrer ses patients ou leurs familles. Elle explique qu’elle était ravie de parler avec ses patients mais qu’elle aurait aimer pouvoir profiter de ses moments personnels sans penser constamment au travail.


Le contact humain avec les patients et leurs familles est précieux à leurs yeux.

Pour certains libéraux, il existe un décalage entre la vocation et la réalité de la profession. Le manque d’humanité du système de soins et la perte de sens peuvent amener à l'aliénation. Alors que les infirmiers sont au plus proche des chevets des patients et que le système repose complètement sur leur expertise, ils sont les premiers oubliés.

Les IDEL portent énormément d’attachement à leur profession. Le contact humain avec les patients et leurs familles est précieux à leurs yeux. C’est cet aspect irremplaçable du métier qui compense souvent la déshumanisation de l’administration et le désarroi face aux autres soignants. Agnès Guérin, infirmière libérale écrit dans la revue Être “bien” seul, c’est-à-dire… :

“Si, dans un premier temps, il peut paraître évident que ce sont les patients qui nous mettent en difficulté à travers le chemin douloureux de la maladie, il s’avère que les quelques cas qui ont engendré chez moi un ressenti de solitude, et par extension de désarroi, étaient tous liés à des incompréhensions avec les autres professionnels de santé [...]”.


Afin d’éviter de tomber dans cette terrible spirale, chacun devrait apprendre à identifier les signaux d’alerte, pour soi, mais aussi pour les autres.

Il n’existe pas de recette miracle, mais des solutions peuvent apporter un soulagement et une réponse à ce problème.


Quelles solutions sont à la portée des infirmiers libéraux ?


La prise de conscience est déjà un grand pas, elle est nécessaire pour adopter les solutions. Même si pour certains, il est difficile de demander de l’aide, voire pour qui consulter n’est pas envisageable, se rapprocher d’un spécialiste et être suivi est fortement conseillé. “Vider son sac” permet de ne plus garder emprisonné en soi toute cette

frustration. Les conseils d’un professionnel

sont les bienvenus, vous le savez sans doute mieux que moi. Ce sera l'occasion de poser un véritable diagnostic et d’apporter des solutions concrètes et

personnalisées.


Au quotidien, mettre en place des habitudes peut contribuer à diminuer la charge mentale. Par exemple, à la maison, mettre en place un programme de répartition des tâches. Ces corvées prennent du temps et peu d’entre nous en tirent du plaisir. C’est une contrainte en plus après une journée déjà bien remplie.


Vouloir tout faire soi-même, c’est prendre le risque de tout faire mal et l’assurance de ne pas sortir la tête de l’eau.

Pour les IDEL, c’est le même principe, les mots d’ordre doivent être “déléguer” et “s’équiper”. C’est ce que font toutes les entreprises pour améliorer leur organisation et se concentrer sur leur cœur de métier. Vouloir tout faire soi-même, c’est prendre le risque de tout faire mal et l’assurance de ne pas sortir la tête de l’eau. Les infirmiers libéraux doivent se concentrer sur leurs patients, et déléguer les tâches administratives telles que la comptabilité et la facturation. Si leur cabinet atteint une certaine taille, ils pourront se permettre d’employer une personne dédiée à l’administratif.


Au niveau de l’équipement, c’est le même combat. Les entreprises sont constamment à la recherche de nouvelles solutions pour améliorer leur efficacité. Il doit en être de même pour les IDEL. Bien s'équiper est fondamental pour tout chef d’entreprise. Par exemple, Ozzen est un outil de gestion de tournées simple et intuitif. L'application permet aux membres du cabinet de centrer toutes les informations de leur patientèle en temps réel (agenda, ordonnances, transmissions…). Ainsi, tout ce qui occupe l’esprit est transmis au fil de la journée, et quand vient le moment de finir la tournée, on peut enfin couper et se reposer.


Pour autant, il ne faut pas non plus oublier de s'accorder des moments de détente. La pression peut être importante chez les infirmiers libéraux. Se réserver 15 minutes ou plus pour lire, faire du sport, se reposer peu importe, du moment que ce soit plaisant. Ce n’est pas une perte de temps loin de là, ralentir la cadence, c’est s’assurer d’être plus efficace et productif ensuite.




La charge mentale est bel et bien une réalité chez les IDEL. Le bien-être physique et mental est une priorité pour tous et de surcroît pour les libéraux. Préserver son équilibre, c’est s’assurer une bonne qualité de travail ! Aujourd’hui, les choses semblent avancer dans la bonne direction, la démystification des pratiques évolue. Un grand nombre de jeunes entreprises s’attaquent à ce problème qui nous concerne tous : Alan, Teale, Barnabe.io pour ne citer que ceux-là.

Il existe aussi des plateformes d’écoute et d’aide pour les soignants, gratuites et disponibles 7j/7, 24h/24 :

  • SPS Soignants en souffrance : 0 805 23 23 36

  • Numéro d’écoute et d’assistance aux professionnels de santé en souffrance : 0 800 800 854

Et vous avez-vous déjà été dépassé par votre charge mentale ?



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